Auteur : Achala

Il faut s’élever soi-même à l’aide de son propre mental et ne pas se permettre de tomber, étant donné qu’un mental contrôlé est votre meilleur ami, alors qu’un mental incontrôlé est votre pire ennemi.

Bhagavad Gita, 5.6

« Un mental sous contrôle est votre meilleur ami », dit Krishna dans la Bhagavad Gita.
« Mais un mental sans contrôle est votre pire ennemi ».

Donc, je me suis dit : je vais essayer de me lier d’amitié avec mon mental. De mieux le connaître. Même si je n’y arrive pas, au moins, je connaîtrai mieux mon « ennemi ».

Le mental est naturellement un vagabond. Il erre constamment d’un endroit à l’autre, dans la forêt complexe de nos expériences de vie. Il se déclenche à chaque petite sensation. Chaque sentiment de plaisir ou de dégoût peut le faire changer de trajectoire, en une fraction de seconde. À l’aide des pratiques spirituelles, particulièrement du Japa, nous cherchons à le ramener consciemment au moment présent et à se rappeler du Divin. Plus nous pratiquons le Japa avec la respiration, moins le mental n’a le temps ni l’espace de produire d’autres pensées – et moins son comportement est réactif. Il devient plus centré, conscient, attentif et focalisé. Le dialogue intérieur interminable se tait, laissant s’éveiller en nous quelque chose de plus profond.

Enfin, au moins pour un temps. Car tant que vous n’avez pas atteint l’illumination, le dialogue intérieur va juste se poursuivre dès l’instant où vous perdrez votre focus et votre attention. Et ce n’est pas grave, tant que vous êtes l’observateur de ce monologue incessant de votre mental. Le vrai problème commence lorsque votre mental, avec ses talents et ses mécanismes sophistiqués, vous parle de ses « brillantes idées » – qui, et c’est peu de le dire, pourraient bien être les pires décisions que vous pourriez prendre dans votre vie. Ce sont dans ces moments-là que votre mental devient votre pire ennemi.

Je me suis observée attentivement sur une longue période de temps, essayant de voir à quels moments exacts dans ma vie j’ai tendance à laisser mon mental déblatérer son monologue et où je tends à être moins attentive ou sélective par rapport à l’influence que cela a sur moi, laissant l’Ennemi Intérieur prendre le dessus sur l’Ami Intérieur.

Et voilà ce que j’ai découvert : le côté « obscur » de mon mental devient souvent plus actif quand personne ne regarde.

Cela peut sembler assez trivial, mais même la science le confirme. Quand nous sommes au milieu d’un groupe de gens, quelque chose qu’on appelle « l’effet de projecteur » se produit dans notre cerveau. Lorsque nous sommes avec d’autres personnes, nous avons tendance à surestimer la capacité d’autrui à remarquer nos réussites et nos erreurs, et nous avons donc tendance à plus nous contrôler et à nous auto-réguler. Devinez quoi ? Cela influence également la qualité de notre dialogue intérieur. Bien que personne ne puisse réellement lire vos pensées (enfin, à part peut-être un très bon voyant), quand nous sommes en présence d’autres personnes, notre cerveau tend simplement à mieux se comporter. Mais quand nous sommes seul, c’est la fête et le monstre sort de sa cachette.

À ma plus grande surprise, j’ai remarqué que mon mental a tendance à devenir plus actif et négatif pendant ces activités quotidiennes dites « stupides », qui impliquent d’être seul, comme de prendre une douche, d’aller aux toilettes, ou juste avant d’aller dormir. Si vous observez très attentivement votre mental à ces moments précis, vous remarquerez fréquemment que ce sont des moments où celui-ci cherchera à vous submerger de négativité. Soudain, il va se rappeler de quelque chose de très mal qu’on vous a fait dans le passé ou bien vous aurez un sentiment d’insécurité, une inquiétude concernant l’avenir. Il pourrait même inventer toute une histoire, avec 10 fins pessimistes éventuelles, le temps d’une douche ! La créativité du mental est sans commune mesure.

Par chance, vous pouvez lui apprendre à se mesurer.

Si vous êtes sérieusement engagé sur le chemin spirituel, c’est une très bonne idée de commencer à observer plus attentivement votre propre mental. Regardez-le quand personne ne regarde. C’est dans ces moments-là que vous pouvez en apprendre beaucoup sur vous-même, vos tendances en dormance, et ce que vous pouvez améliorer chez vous. Après avoir réalisé cela, au lieu de laisser mon mental errer sans but, j’ai pu simplement répéter mon mantra en continu. À partir du moment où j’ai commencé à introduire la récitation du mantra dans ces moments où le mental est le plus enclin à produire de la négativité, j’ai noté une énorme transformation dans mon mental et dans ma vie. Tout à coup, des situations de vie difficiles n’avaient plus l’air aussi dramatiques. J’arrive à travailler de façon bien plus productive et concentrée. Je parviens à me centrer et à m’apaiser bien plus vite, même après une bourrasque émotionnelle. C’est là le pouvoir du mantra et voilà la bénédiction qui vient à vous, quand vous faites ce premier pas de votre côté, pour commencer à prendre le contrôle sur votre mental.

Rappelez-vous : votre mental ne devient incontrôlable que lorsque personne n’est là pour le voir. Mais lorsque vous devenez l’observateur, alors il y a déjà une personne qui l’observe. Si vous pouvez débusquer ces moments de votre journée, où votre mental négatif se fait le plus actif, ciblez-les, et remplacez le dialogue intérieur négatif par la répétition consciente du mantra… Croyez-moi : rien que cette petite victoire peut grandement changer votre vie.

Ce sera un premier pas très satisfaisant pour que votre ennemi devienne un ami.