QUESTIONS/RÉPONSES EN DIRECT DE VRINDAVAN,
À L’ASHRAM SHREE GIRIDHAR DHAM,

29 MARS 2020

Dans le Satsang d’aujourd’hui retransmis en direct, Paramahamsa Vishwananda a répondu à des questions sur les malédictions, le nombre de ses dévots, comment se focaliser sur l’amour et comment celui-ci peut nous transformer. 

 

Jai Gurudev ! Bienvenue tout le monde !

Aujourd’hui je réfléchissais à ce que je pourrai partager avec vous. Il y a eu une situation rigolote.

Vous voyez, chaque jour, quand nous mangeons, les singes viennent. Les singes de Vrindavan sont très célèbres pour tout voler. Lorsque vous allez au marché – bien qu’il n’y ait pas beaucoup de gens en ce moment – ils vous volent vos lunettes. Il faut alors automatiquement leur jeter un jus de fruit ou quelque chose pour qu’ils vous les rendent. Ces derniers temps, tous les marchés sont fermés et les gens ne se promènent pas dans la rue où d’habitude ils jettent plein de choses. Alors les singes viennent par ici parce qu’ils savent que nous préparons de la nourriture pour 50 personnes. J’étais en train de peindre les yeux des déités et nous avons entendu du bruit dans la cuisine, un dévot est allé voir mais il n’y avait rien de particulier. Pourtant, je continuais à entendre des bruits alors je suis allé dans la cuisine et j’ai vu deux singes ; un petit qui faisait du bruit dehors pour détourner l’attention et un gros qui prenait tout ce qu’il pouvait en courant dehors ! C’était très drôle ! Et puis, il a fallu les chasser. Je vous le dis, c’est tellement drôle, ces singes sont si intelligents, ils s’assoient ici et font du bruit. Ces derniers temps ils ne viennent plus quand il y a un satsang, ce qui est étonnant parce que sinon vous pouviez les entendre se promener autour ou bien vous me voyiez regarder en l’air : c’était eux !  

Donc voilà, il y a ça qui s’est passé et… ah oui, hier soir c’était merveilleux : nous avions des pizzas pour le repas et tous les dévots en ont eu deux chacun. Ils avaient fait plus de 100 pizzas cuites sur du charbon de bois et c’était étonnamment très bon, j’étais moi-même impressionné ! Vous voyez la merveilleuse quarantaine que nous passons ici à Vrindavan, et je suis sûr que pour vous aussi c’est formidable à la maison et vraiment, je suis sûr que vous vous amusez beaucoup. Nous faisons un quizz tous les soirs sur différents sujets : la Bhagavad Gita, le Bhagavatam et ainsi de suite. C’est vraiment très éducatif, vous devriez le faire vous aussi. Et parfois, nous regardons de beaux films sur les saints. Vous voyez, nous sommes très occupés à Vrindavan, et je suis sûr que tout le monde est d’accord avec ça ! 

 

1. Dans les récits des principales incarnations de Vishnu, on voit tant de gens qui se lançaient des malédictions de partout. Dans tout cela, on ne voit pas seulement que les malédictions prenaient vie, mais aussi qu’elles devaient prendre vie. Aujourd’hui, est-ce aussi le cas si quelqu’un maudit quelqu’un d’autre ?

En fait, les sages ne lançaient pas de malédiction juste comme ça. Si vous avez été éduqué dans cette société, si vous avez vraiment étudié la culture védique, vous verrez qu’une malédiction n’est rien d’autre qu’une bénédiction déguisée, et surtout lorsqu’elle provient d’un sage ou d’un saint. Bien sûr, vous ne le percevrez pas en l’entendant ou en le lisant, car le mot ‘malédiction’ lui-même est une chose terrible. Mais la bénédiction peut venir de plusieurs façons, et c’est la plupart du temps sous une manière à laquelle on ne s’attend pas. Les malédictions existent-elles encore aujourd’hui ? Oui. De nos jours, les gens font plus d’offenses que d’actions grâce auxquelles ils reçoivent une bénédiction ! De ce fait, ils s’infligent eux-mêmes encore plus de malédictions.

La plupart du temps, qui-est-ce-qui maudit qui aujourd’hui ? C’est vous-même ! Par vos actions et vos pensées, vous vous maudissez vous-même. Bien sûr, en blessant le cœur de quelqu’un, vous êtes automatiquement maudit parce que ce n’est pas cette personne qui ressent la douleur mais c’est l’Atma elle-même. Combien de fois dans sa vie a-t-on fait du mal à quelqu’un, consciemment ou non ? Plein de fois ! Et de votre point de vue, vous pensez : ‘je suis en train de faire quelque chose de bien’, mais qu’est-ce que ça signifie pour cette personne que vous blessez ? Vous ne savez pas ce qu’il y a à l’intérieur d’elle.

Alors oui, les malédictions continuent de se produire. Et bien sûr, quand vous créez des offenses par exemple envers le Maître et les dévots, vous êtes maudits. Mais aucun des deux ne vous dira ‘oh, je te maudis à cause de ceci et de cela’, non, ça se produit naturellement car c’est une malédiction de l’Atma elle-même, ne reconnaissant pas la grâce que Dieu vous a donnée d’être à proximité de cette personne et que vous devez apprendre à être parmi ces gens. 

Vous voyez, dans la vie, vous n’aurez pas que des gens bien autour de vous, vous trouverez toutes sortes de gens. Le Maître montre le chemin de l’amour, mais c’est à vous de vraiment apprendre à l’accepter et à suivre ce chemin.

Pour revenir à cette question sur les sages qui lancent une malédiction, en réalité, leur malédiction elle-même était une planification à long terme de la façon dont les choses doivent se passer. Une des plus belles expériences de cette malédiction, c’est Gandhari, la mère des Kauravas, après que tous ses enfants aient été tués dans la guerre du Mahabharata sur le champ de bataille de Kurukshetra. Ils sont tous morts. A la fin de la guerre, tous les gagnants sont venus demander la bénédiction du roi et de la reine, car ils n’avaient aucune inimitié envers eux. Mais vous voyez, son cœur de mère était tellement rempli de colère que lorsque Krishna était devant elle, en tant que mère elle n’a pas pu résister et a dit : ‘Tu es le Seigneur de l’Univers, Tu aurais pu tout changer en un claquement de doigt, mais pourquoi ne l’a Tu pas fait ?’ Par colère, elle a maudit Krishna : « Ta génération entière, tous Tes enfants seront tués comme ont été tués mes enfants. Ta dynastie s’achèvera.’ 

Et Krishna a répondu avec joie : ‘Mère, Je l’accepte’. Lui, le Seigneur suprême, a accepté cette malédiction de Gandhari, parce que c’était un plan pour la façon dont Il allait quitter ce monde, c’était un plan à long terme. Comme je le dis toujours : les gens planifient à court terme mais le Divin planifie à long terme. Cette malédiction est devenue un moyen pour le Seigneur de terminer Son incarnation dans ce monde. Et s’en suit l’histoire des enfants de Krishna qui ont commencé à se battre entre eux, et ce à cause de la malédiction qu’ils ont reçue. Ils se moquaient d’un sage et un des garçons faisait semblant d’être enceint, ils ont mis un pilon et un mortier à l’intérieur de sa robe et sont allés voir un sage en lui disant : « Sage, s’il te plaît, bénis-nous, je suis enceint ». Et pour faire court, le sage s’est rendu compte qu’ils se moquaient de lui, alors il a dit ‘qu’il en soit ainsi’, et il les a maudits. C’est ainsi que l’enfant (je crois qu’il s’appelait Samba) est tombé enceint, et quand il a dû accoucher, il a donné naissance à une boule de métal qu’ils ont écrasée et jetée à la mer, ils l’avaient complètement réduite en poudre, c’est ainsi que les poissons l’ont mangée et que le métal se répandit également dans l’herbe tout autour où de mauvaises herbes contenant ce métal ont commencé à pousser ; c’est devenu l’objet de cette malédiction. Pour finir l’histoire, ils ont commencé à se battre entre eux et à s’entretuer.

Ceci simplement pour vous montrer de quelle façon une malédiction peut aussi être la planification à long terme pour que le Divin puisse prendre forme. Toute malédiction n’est pas vraiment si terrible, il s’agit toujours de la façon dont vous la prenez car la malédiction peut aussi être une bénédiction. Ainsi, vous pouvez vous penser maudit lorsque votre vie est bouleversée et vous vous demandez ‘oh, pourquoi suis-je maudit ?’ Vous le percevez de cette manière parce que vous n’avez aucune solution de vous en sortir, vous ne voyez rien, seulement l’obscurité totale et tout qui s’écroule. Mais plus tard, quand vous regardez en arrière, vous voyez que ce moment dit ‘maudit’ était aussi une bénédiction parce que pour tout ce qui s’est passé dans votre vie, cette expérience vous a amené là où vous êtes maintenant.  Donc ce n’est pas toujours mauvais, une malédiction est aussi une bénédiction.

 

2. Vous avez dit que vos dévots sont votre famille et que vous êtes venu ici pour eux. Y a-t-il une limitation du nombre total de dévots initiés que vous aurez ? Combien pourrait-il y en avoir au cours de votre vie ?

Écoutez, je ne suis pas là pour collectionner les dévots initiés. Il se peut que quelqu’un soit un dévot sans être initié. Et donc on ne peut pas dire que seuls les dévots initiés soient réellement des dévots ; être dévot, c’est suivre ce que je dis. Alors ça peut être un million, deux millions, dix millions, des milliards, peu m’importe. Vous comprenez ? Je ne me préoccupe pas du tout des chiffres.

Ce dont je me préoccupe, c’est de la façon dont ils se transforment, et si l’un d’entre eux se transforme vraiment, cela me suffit ; et c’est assez rare en fait. Disons que vous vous appelez vous-même ‘dévot’, qu’est-ce que ça veut réellement dire être dévot ?  Ce n’est pas seulement recevoir une initiation. Très souvent vous entendez les gens dire : ‘oui, je suis un dévot initié’, et pourtant ils ne savent rien de leur chemin. Quand on parle du Sri Sampradaya, du fait d’être végétarien… très souvent on voit que puisqu’ils suivent certains principes, ils disent être dévot, mais le mot en lui-même signifie ‘je vous suis dévoué’, ‘je me donne à vous’ ; c’est très important à comprendre : ‘dévot’ veut dire ‘ »je m’offre à vous ».

Ainsi, quand je m’offre moi-même à vous, je ne m’appartiens plus à moi-même mais je vous appartiens. Le dévot recevra aussi le Maître. Car c’est pareil pour le Maître : quand on prend l’initiation, le Maître s’offre au disciple, au dévot. De la même façon que le dévot s’offre aux Pieds du Maître, lors de l’initiation cela est vrai dans les deux sens, la différence étant : le Maître sait quand lui s’offre au dévot.

Pourquoi le Maître s’offre-t-il au dévot ? Pour son salut, pour qu’il s’élève et atteigne les Pieds du Seigneur Suprême, pour le pousser vers le haut. Le Maître pousse le dévot en lui disant : ‘Va aux Pieds du Seigneur’. Mais le dévot a-t-il vraiment ce même objectif ? C’est à ce moment-là que le dévot doit faire preuve d’humilité pour autoriser le Maître à le pousser vers le haut. Et pour cela, il est très important d’avoir une certaine compréhension de son chemin, il est très important d’en avoir une certaine connaissance. 

Être dévot, ce n’est pas seulement mettre un tilak ou porter des vêtements fantaisistes en disant ‘je suis un dévot’. Non ! C’est à l’intérieur de vous que ça se passe. Un dévot fait ce voyage intérieur, il a cette connexion intérieure avec Bhagavan. Et c’est cela qui fait d’une personne un dévot. 

C’est pour cette raison que le mental doit être pleinement absorbé dans la vénération aux Pieds du Maître, et comprendre réellement ce que cela signifie. Il ne s’agit pas seulement d’offrir une fleur ; ce que vous offrez avec cette fleur, c’est votre dévotion, votre amour, une partie de vous-même. En offrant une partie de vous-même, vous devenez humble, aimant et vous êtes le reflet de votre Maître.  

À tout moment, un dévot reflète le Maître. Quand je voyage en Inde, je remarque très souvent que certains disciples (je n’utilise pas ici le mot ‘dévot’ mais ‘disciple’) ressemblent au Maître. Le Maître et le shishya se ressemblent, et automatiquement, vous savez que cette personne est disciple ’d’un tel ou un tel’, grâce à sa couleur – là je ne parle pas de la couleur de peau, je ne m’attends pas à ce que Swami Revati commence à me ressembler parce qu’il faudrait vraiment qu’il ait un bon tatouage sur la peau ! – grâce à la qualité intérieure qui se reflète à travers le dévot. Il s’agit de la qualité intérieure du Maître qui se reflète à travers le dévot. Plus ils s’abandonnent au Maître, plus leur attitude change et plus ils commencent à ressembler au Maître.

Pour autant, le dévot ne devient pas lui-même le Maître ; cela doit être très clair, parce que vous savez, souvent les gens ne comprennent pas cela : les dévots ne deviennent pas le Maître mais ils commencent à ressembler au Maître, que ce soit dans leurs gestes, dans leur façon de parler et dans la langue qu’ils utilisent. Et vous voyez alors l’humilité et l’amour commencer à briller à travers eux. C’est autant une qualité de dévot que celle d’un disciple ou d’un sympathisant. Comme je l’ai dit au début, je ne suis pas ici pour collectionner le nombre de personnes, mais c’est le devoir de tous ceux dont la vie s’est transformée de transformer la vie d’un autre. Lorsque vous détenez une certaine lumière en vous, vous ne pouvez pas la garder cachée. Comme Jésus l’a dit dans la Bible : quand vous avez une lumière, vous ne la mettez pas sous la table ou sous le placard, mais vous la faites briller.

Voilà ce qu’est un dévot.

 

3. Dans vos commentaires de la Sri Guru Gita, il est écrit que nous devons focaliser notre mental sur les Pieds du Maître. Mon Ishtadev est Krishna et je chante ‘Om Namo Narayanaya’. Mais je suis confus, je ne sais pas sur qui je dois me focaliser. Sur qui dois-je me focaliser continuellement ? 

Eh bien, le Maître vous a donné une certaine sadhana à pratiquer, non ? Votre Ishtadev est Krishna, existe-t-il une différence entre Krishna et Narayana ? Non, il n’y a aucune différence entre Krishna et Narayana. Narayana est Krishna, Krishna est Narayana. Alors, où devez-vous focaliser votre mental ?

Première chose : le matin au réveil, vous devez vous focaliser sur les Pieds du Maître ; c’est la première chose que vous devez faire, puis continuez à chanter Om Namo Narayanaya et vénérez Seigneur Krishna. En fait, il n’y a aucune différence entre les trois : le Maître est un représentant de Narayana. Bhagavan l’a envoyé pour rappeler Son amour et Sa compassion, et il est venu. Le Maître est venu pour nous rappeler où notre mental doit se focaliser, et le mental d’un dévot se focalise sur les Pieds du Maître. Se faisant, le Maître voit que l’on est prêt à vénérer le Seigneur sous une forme qui permet de construire une certaine relation.

Tout au long de notre vie, nous sommes en relation, n’est-ce pas ? Quoi que nous fassions, nous le faisons par le biais d’une relation. Donc, bien sûr, le mantra est important parce que vous ne pouvez pas transporter votre déité partout mais vous la portez sous la forme du Nom. Alors, où votre mental se focalise-t-il ? Il est aux Pieds du Maître et sur votre déité, car c’est ce qu’il peut comprendre.

Est-ce que le mental peut se focaliser sur le Nom ? Le Nom n’est pas tangible, Il est vibratoire. Et votre mental ne peut pas se concentrer sur une certaine vibration, elle vous transforme intérieurement et extérieurement. En étant sciemment conscient des choses (ce qui signifie que votre mental est très actif et que vous savez à quelle vitesse il peut sauter d’un côté à l’autre), vous pouvez le focaliser uniquement sur deux choses qui pour vous sont physiques et matérielles ; et c’est d’abord les Pieds du Maître, puis la forme de votre Ishtadev. Sinon, même si c’est toujours tout beau au début quand vous commencez votre chemin spirituel, que tout est toujours joyeux et heureux, que vous avez un certain enthousiasme à l’intérieur, que se passe-t-il ensuite ? Cet enthousiasme s’estompe et devient naturel, normal.

Dans le chapitre 11 verset 45 de la Bhagavad Gita, lorsque Bhagavan montre Sa Forme cosmique à Arjuna, c’est quelque chose que l’on observe clairement, car que dit Arjuna ? ‘Seigneur, je suis très heureux d’avoir vu Ta Forme cosmique, vraiment très heureux, mais cela me fait peur, je tremble avec cette forme ! Je T’en prie, reviens à cette forme à laquelle je suis habitué, cette « douce forme ».

Vous voyez, lorsque nous nous engageons sur la voie spirituelle, il y a cet enthousiasme : ‘je veux faire quelque chose, je veux changer ceci, je veux changer cela’, vous avez une grande liste ! Et vous le faites pendant un mois, deux mois, un an. Puis l’enthousiasme commence à s’estomper et vous vous dites : ‘la routine quotidienne commence’, car c’est ainsi que votre mental a été conçu. Si vous ne gardez pas votre mental sur la bonne voie, concentré sur le fait que « c’est vraiment mon but et je ne veux que cela », il s’éteindra.

C’était la même chose pour Arjuna, quand il a prié Bhagavan Krishna : ‘Je T’en prie, donne-moi ce darshan, donne-moi cette forme terrible, je suis très excité.’ Il y a de l’excitation, mais ensuite ? Le mental se met en marche et la peur commence à se manifester ‘ok, maintenant que j’ai vu cette Forme cosmique et qui Tu es réellement, je ne peux pas le supporter.’ Très souvent, les gens disent : ‘Dieu, s’il Te plaît, donne-Toi à moi, viens à moi’ Bhagavan répond : ‘ok, je vais venir’, mais seriez-vous capable de Le supporter ? Si vous n’avez pas de relation avec Lui, vous ne pourrez jamais Le gérer ; même ceux qui ont cette relation ne le pourraient pas. C’est pourquoi avant cela, dans le verset 44, Arjuna demande à Bhagavan : ‘Je T’en prie, pardonne-moi ! Ô, adorable Seigneur, pardonne-moi, je T’en prie ! Si, d’une manière ou d’une autre, je T’ai offensé, je Te prie de me pardonner ! Tout comme un père pardonne à son fils, tout comme un ami pardonne à son ami, tout comme un amant pardonne à sa bien-aimée, pardonne-moi ! Je T’implore ce pardon.’  Parce qu’encore une fois, il s’agit de notre relation, de celle que nous avons eue à travers de nombreuses incarnations. Par rapport à ce que nous pensons savoir, nous venons au point de se dire : ‘en fait, je ne sais rien. J’ai toujours eu une certaine conception des choses parce que je l’ai lu quelque part, j’en ai entendu parler.’ Mais les bhaktas réalisent tout au long de leur vie qu’ils ne savent rien. Tout ce que l’on sait, c’est ‘je dois m’accrocher fermement aux pieds du Maître et de Dieu.’

Dans la vie d’une personne, il existe deux sortes de bhakti : Aishwarya Bhakti et Madhurya Bhakti. Deux différentes. 

Dans Aishwarya Bhakti, nous avons une relation mais nous sommes loin l’un de l’autre : je suis ici et je fais tout en soumission à Ta volonté. Tout comme un roi : un roi est dans son palais et tout le monde lui est soumis. Les gens auront de la dévotion dans leur service, mais ils ne peuvent pas avoir cette intimité dans leur service. (Notez une chose : le service est le même, mais cette intimité, cette relation, cette proximité n’est pas là).

Ensuite, vous avez Madhurya Bhakti. Madhurya Bhakti est normalement divisée en quatre étapes : Dasya Bhakti, Sakhya Bhakti, Vatsalya Bhakti, et Madhurya Bhakti. Dasya Bhakti, c’est quand nous avons un certain sentiment de servir, nous sommes des serviteurs du Seigneur. Comme Hanumanji, non ? C’est la bhakti qu’ont les dévots.

Sakhya Bhakti est encore plus intime. C’est comme un ami. Souvent, les saints voient Dieu comme un ami. C’est drôle que seule la tradition védique permette ce type de relation à Dieu, les autres traditions n’offrent pas cela. Qui peut dire : ‘ Dieu est mon ami’ ? Personne, parce que si vous avez peur, vous ne pouvez pas L’appeler votre ami, vous ne pouvez pas dire ‘j’ai peur de mon ami.’ Non, vous avez une certaine relation avec un ami, il y a une ouverture d’esprit, une certaine compréhension du fait que ‘mon ami me comprend plus que quiconque donc je peux tout lui dire et agir d’une certaine manière avec lui’, bien sûr si c’est un ami cher. Il n’aura pas ce jugement envers vous, parce que votre ami sera toujours là pour vous. Quoi qu’il arrive, peu importe comment tu es, ton ami, s’il se dit ami, sera toujours là pour toi. Vous voyez clairement cette relation entre les gopas de Vrindavan et le Seigneur Krishna. Ils pouvaient Le porter sur leurs épaules, ils pouvaient manger et donner les restes à Krishna qui les acceptait volontiers. Ils se battaient avec Krishna et Krishna se battait avec eux, ils courraient derrière Lui, ils faisaient toutes sortes de bêtises avec Lui. Ce genre de bêtises, c’est un bien précieux que l’amitié a. Cela, un « Das » ne peut pas le faire, un serviteur ne peut pas le faire.

Puis il y a Vatsalya Bhav. Tout le monde ne peut pas l’avoir car c’est assez unique : vous prenez le Seigneur Suprême Lui-même pour un enfant. Vous Le voyez avec une telle tendresse que vous ne pouvez pas Le voir autrement. Vous ne pouvez pas Le voir comme un ami, vous ne pouvez pas Le voir comme un serviteur, vous ne pouvez pas Le voir comme un bien-aimé, vous ne Le voyez que comme un enfant.

Vous savez, dans certaines sampradayas, ils vénèrent bébé Krishna. Ils ont cette dévotion ‘c’est comme ça que je veux Te servir’, sous la forme de bébé Krishna. Ils ont cette Vatsalya Bhav en eux, cette bhakti en tant que parent, tout comme Nanda et Yashoda, Dasharath, etc. avaient, et comme beaucoup de saints également, mais c’est assez rare.

Enfin, vous avez Madhurya Bhakti (d’autres traditions l’appellent Madhurya Bhav). Cette bhakti-là est unique : c’est ce à quoi notre âme aspire. C’est cette bhakti que vous voyez chez les gopis de Vrindavan, c’est cette Madhurya Bhakti qu’elles ont pour Krishna. Non seulement les gopis de Vrindavan mais aussi de nombreux grands saints, les amoureux du Seigneur ont cette bhakti, où Dieu devient leur amant. Cela apporte une intimité encore plus profonde en disant ‘je ne vis pas ma vie pour moi-même mais je vis ma vie pour mon bien-aimé, et tout ce que je fais, c’est pour plaire à mon bien-aimé.’

Vous voyez, quand vous êtes nouvellement amoureux, et surtout à ce moment-là, vos pensées ne tournent qu’autour de votre bien-aimé. Où que vous soyez, quoi que vous fassiez, ‘qu’est-ce qu’il est en train de faire ?’ ou ‘que fait-elle ?’ Votre esprit est totalement imprégné par le souvenir de penser à l’être aimé. Ce genre de bhakti existe également.

Avec ces deux formes de bhakti : Aishwarya Bhakti et Madhurya Bhakti, on peut vraiment vénérer les Pieds du Maître et de Dieu, jusqu’à ce qu’ici [la tête] et ici [le cœur], vous ayez compris qu’il n’existe aucune différence entre ces deux-là car sans les Pieds du Maître, vous n’atteindriez jamais les Pieds du Seigneur. C’est seulement par la grâce que Bhagavan vous a accordée par l’intermédiaire du Maître que vous êtes arrivé là où vous êtes maintenant.

 

4. Vous nous dites de nous aimer les uns les autres et que Dieu est Amour. Malheureusement, lorsque les gens tombent amoureux ou sont dans une relation, ils deviennent souvent très rajasiques à cause de leur attirance pour l’autre, mais dans la Gita, Krishna nous dit de transcender et de surmonter tous les gunas. Voici donc ma question : L’amour humain mène-t-il toujours à ces qualités ou pouvons-nous apprendre à aimer de façon transcendantale, même dans une relation ?

Bien sûr, beaucoup de relations naissent d’une qualité rajasique, parce qu’au début vous avez cette tendance et l’amour commence avec cette qualité-là, n’est-ce pas ? C’est ce que les gens vivent dans leur vie : vous faites vos activités quotidiennes et vous voulez une vie comme tout le monde, une vie normale, banale, jusqu’à ce que vous compreniez qu’il ne s’agit pas que de cela- parce que les animaux aussi vivent comme ça. En prenant un paquet et en mettant toutes ces qualités rajasiques à l’intérieur pour les déposer aux Pieds de Dieu en disant : ‘Oui j’ai cela en moi mais je suis prêt à ce que cette transformation se produise, je suis prêt’ – vous pouvez voir dans la vie des dévots comment leur vie elle-même s’est transformée une fois qu’ils entament leur chemin spirituel, ils se rendent compte que ‘je ne veux plus vivre ce genre de vie. Je l’ai déjà vécu et est-ce que ça m’a vraiment rendu heureux ? Ma vie est devenue une simple routine banale, je fais la même chose tous les jours, je suis avec les mêmes personnes et je parle tout le temps des mêmes choses.’

Combien de personnes mènent ce genre de vie ? Le monde entier vit de cette manière. Mais lorsque vous empruntez le chemin spirituel, vous êtes appelé à transformer votre vie, à vous élever au-delà de cette limitation, à atteindre quelque chose d’encore plus profond. Et cela arrive quand vous faites votre sadhana et que vous dites pleinement ‘oui, je m’engage’, et encore plus si tous – mari, femme, enfants -, sont sur le chemin, c’est plus facile. Car sinon l’un commencera à se transformer et l’autre ne pourra jamais le supporter.

Lorsque vous commencez à monter sur l’échelle de la spiritualité, vous vous détachez de cette normalité des choses, car lorsque vous êtes au niveau de la normalité, vous vous regardez et vous avez une certaine compréhension les uns des autres : celui-ci comprend celui-là et celui-là comprend celui-ci. Mais le fait de grandir spirituellement vous détache de tout cela et vous comprenez ce qui est en bas, mais ceux qui sont en bas ne comprennent pas ce qu’il y a en haut. C’est comme quand vous montez les escaliers : lorsque vous êtes en bas, vous ne savez pas ce qui se passe en haut sur le toit ou au dernier étage. Vous allez au milieu des escaliers et vous voyez sous un certain angle ce qui se passe, mais vous n’avez pas une vue claire de ce qu’il y a. En bas, ils n’ont aucune idée de ce qui se passe en haut, mais vous, vous avez commencé à avoir une certaine idée de ce qui se passe en haut. Même cette transformation entre le bas et le milieu est d’une grande différence.

Ainsi, plus vous grandissez et plus vous atteignez le dernier étage, plus vous avez une vue claire de l’ensemble. Quand vous avez une vue claire de ce qui se passe là-haut, vous avez l’aperçu, vous avez la compréhension. Mais ceux qui sont en bas, ne l’ont pas et même si vous essayez de leur expliquer, ils ne comprendront pas ce qu’il s’y passe. 

Il est donc important de les comprendre et de savoir que tout le monde n’est pas au même niveau de spiritualité. Pour ceux qui vont vraiment au-delà de la vie mondaine, ils ont une compréhension encore plus claire de la vie elle-même.

Une chose est très importante : partager. Que la personne veuille écouter ou non, essayez de partager cette compréhension que vous avez dans un langage que les gens comprennent. Parce que vous voyez, lorsque nous sommes sur le chemin spirituel, nous parlons un langage différent ; et c’est un langage que quelqu’un qui est dans le guna rajasique ou dans le monde ne comprendra pas. Donc, si vous voulez vraiment donner une certaine connaissance de la spiritualité aux gens mondains, essayez d’utiliser leur langage de compréhension. Pour essayer de leur expliquer, utilisez des choses qu’ils comprennent. 

Jai Gurudev tout le monde !